Tchad : L’esprit unitaire, dissolvant de la dictature


Des coups d’accélérateur reconfigurent le paysage politique. La Minurcat composée de 4 900 hommes prendra le relais de l’Eufor. Repliés dans leurs bases arrière, l’opposition politico-militaire s’active. Le Manifeste de l’après- Deby doit avoir un large assentiment. Un leader issu d’un consensus devra conduire la transition démocratique. Prélude de l’assaut final.

L’effet boule de neige s’amplifie dans l’Est du Tchad. Le Manifeste de l’opposition politique signé par les 5 principaux leaders de la rébellion est ouvert à l’assentiment de toute la classe politico-militaire. Le Général Mahamat Nouri, chef de file de l’UFDD a tracé le sillon : « prochainement cet accord », obtenu après « plus de deux mois de discussions entre toutes les factions » devrait être paraphé par d’autres factions rebelles. Joint par l’AFP, l’un des signataires du document –cadre de la transition démocratique post- Deby joue ainsi la carte d’une large ouverture vers les mouvements rebelles qui n’ont pas encore ratifié le Manifeste de l’opposition armée.

Un décryptage de cet élan patriotique permet d’affirmer que la gent militaro- politique tchadienne évolue désormais sur de nouvelles bases unitaires. Une clé de lecture de l’assaut de février 2008 sur N’djamena suggère une réorientation de la stratégie militaire contre les positions de la milice d’Idriss Deby Itno.
Loin d’une précipitation, Mahamat Nouri énonce un corpus fondé sur le binôme « Unité- Action ». Les dirigeants de la lutte armée coupe ainsi l’herbe sous le pied des pourfendeurs des chefs rebelles, vilipendés sur des tribunes pro- N’djamena comme des « assoiffés du pouvoir ».

Assis sur cette posture idéologique et stratégique, les principaux dirigeants de la lutte armée ne jouent pas seulement sur le tableau d’un marketing d’image ternie par la propagande par des caisses de résonance instrumentalisées par le pouvoir despotique de Deby. L’enjeu se situe sur le champ politico-sécuritaire.

Une kyrielle d’assauts militaires se forme dans les vastes espaces de l’Est du Tchad. En demi-siècle d’indépendance, l’Etat tchadien essuie des rebellions successives nées des frustrations politiques.

Le processus enclenché par la signature du manifeste, document de référence de la transition démocratique post- Deby, doit se consolider par l’adhésion massive des autres formations politico-militaires. Avec, à la clé un leader issu d’un large consensus au sein de la classe armée. De concert avec l’opposition politique et la société civile, le gouvernement de transition doit fixer la forme, la durée restante et les instances de l’après Deby. Mahamat Nouri insiste tout en rassurant que la période transitoire doit être de « courte durée ». Calendrier nécessaire à jeter les fondements d’un Etat démocratique et laïc.

Instruits par l’échec des combats de février dernier, alors que les bruits de bottes étaient pressants aux portes du palais présidentiel, les mouvements signataires du Manifeste du 15 décembre savent aussi que le contexte international influencera avec une amplitude certaine le prochain front en direction du palais rose.

Le mandat de la Force Européenne s’achève à la mi- Mars 2009. Au Conseil de Sécurité, la France active ses réseaux afin de lancer un « Mur de protection » constitué de 4 900 hommes regroupés au sein de la Mission des Nations Unies en RCA au Tchad (Minurcat).

Nicolas Sarkozy, qui ne s’est pas montré tendre envers Mugabé, estimant qu’il doit abandonner le pouvoir à Harare ; prépare ainsi un plan subtile pour sauver le soldat- Deby et préserver le pré- carré de la France dans une région potentiellement pétrolifère.

Lors d’une séance de discussion au Conseil de Sécurité, l'ambassadeur de France à l'ONU, Jean-Maurice Ripert, a indiqué que la France travaillerait prochainement à la rédaction d'un projet de résolution pour mandater cette future force de l'ONU.
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, précise que la force serait configurée de manière à assurer une présence durable sur six sites, à raison d'un demi-bataillon - soit 400 hommes - par site. Il s'agit des sites d'Iriba, Guéréda, Farchana, Goz Beida, Bahai et Koukou-Goz Amer.
A cela s'ajouterait une réserve mobile de la taille d'un bataillon appuyée par 18 hélicoptères.
Le reste de la force serait répartie entre des troupes d'appui hélicoptère, des unités de transmission et de reconnaissance et des forces spéciales.

La nouvelle carte de la mission des Nations Unies au Tchad en gestation dans les circuits de l’Elysée et taillée sur mesure pour Deby impose donc une démarche méthodique aux groupes rebelles. Par des ficelles « paternalistes », Paris veut déployer ses ailes protectrices pour sauver le régime Deby aux abois.

En dévalant les pentes du régime prévaricateur tchadien, la boule de neige des mouvements armés doit exploser en particules libératrices. Un système s’effondre. Eclaboussure contre la France- Afrique.


La Rédaction de Tchadvision






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