22/06/09

Idriss Deby était aux obsèques de Bongo…. Qu’a-t-il vu et retenu ?


Le Palais de la Rénovation de Libreville aura enregistré, le 16 juin dernier, une rutilante et très clinquante procession de chefs d’États et de gouvernements ou de leurs représentants, ainsi que d’ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de tous acabits, venus des cinq continents, rendre un dernier hommage – mérité, ou supposé tel - au chef de l’État Gabonais, el Hadj Omar Bongo Ondimba, qui venait de décéder. Bouté de la vie …et du pouvoir par un cancer bien trop pugnace contre lequel, ni les milliards de francs puisés dans les caisses de l’État Gabonais, ni les incantations des sorciers bantous et autres marabouts n’ont rien pu faire, le défunt Président absolu aura cultivé – à l’infini - les paradoxes les plus déroutants jusqu’au dernier jour de son séjour sur terre. Le dernier ayant été ces chants religieux chrétiens rythmant les obsèques du musulman qu’il avait sans cesse clamé être !

Bongo est mort. Peut-on dire pour autant : Vive la Constitution Gabonaise, ou vive le clan Bongo qui, selon un scénario annoncé, devrait bientôt se charger de perpétuer la continuité de la dynastie ? La question va certainement valoir tout son pesant d’or dans les mois à venir.

Mais en attendant, tous ces potentats et roitelets d’Afrique qui ne pensent – ou ne rêvent - qu’à mourir au pouvoir ont eu l’occasion de méditer sur la vanité des délices du pouvoir à la lumière des obsèques absolument bling bling d’El Hadj Omar Bongo.

Des obsèques au cours desquelles on aura en tout cas enregistré un record – qui ne sera certainement pas égalé avant longtemps – d’un véritable Everest de gerbes de fleurs achetées qui à Paris, Rome, ou Genève pour les besoins d’un événement se déroulant …en pleine forêt équatoriale, là où l’on trouve les plus belles fleurs du monde !

A l’occasion donc des obsèques du président de la République du Gabon, on a vu du grand monde à Libreville, mais aussi du beau – et même du très éclectique – monde : pas moins d’une quinzaine de chefs d’États Africains auxquels s’étaient joints Nicolas Sarkozy - en chair et en os – et Jacques Chirac, sans compter la cohorte de chefs de gouvernements, émissaires de quelques solides têtes couronnées, et autres représentants de plus de soixante États du globe.

Hommage posthume hypertrophié rendu à un vieil éléphant de la faune politique du continent noir, ou tout simplement, étalage surdimensionné de l’émotivité nègre à l’occasion de la disparition d’un grand « baobab » dont l’empreinte des pas s’est confondu avec l’Histoire du Gabon et même de l’Afrique, de la période des indépendances à nos jours ? Si certains se posent encore la question, beaucoup d’observateurs sont convaincus que les obsèques de Bongo auront certainement été les deux à la fois. Mais on ne peut, somme toute, pas s’empêcher de comparer le véritable « cinéma » que l’Afrique entière a été forcée de vivre en direct sur les écrans de télévision – à l’échelle continentale - à ce que l’on avait vu et vécu, toutes proportions gardées, à la suite des trépas de Houphouët Boigny, Gnassimbé Eyadema, ou Lansana Conté, ces autres dinosaures morts tout autant au pouvoir, mais enterrés avec moins de faste.


EMOTIVITE NEGRE SURDIMENSIONNEE.




Bien évidemment, on a vu Idriss Deby Itno en bonne place au milieu du cortège de ces «grands » d’Afrique ayant accompli, la larme au coin de l’œil, le déplacement de Libreville pour s’incliner avec ostentation au dessus du cercueil de leur plus ancien homologue, qui était jusqu’à sa mort un fringant petit vieillard ayant réussi à faire du Gabon sa propriété personnelle pendant 41 longues années.

Si la mort d’Omar Bongo aura été un moment de tristesse pour les Gabonais, les Africains, et plus prosaïquement les humains, au nom - bien entendu - du respect dû aux morts, et seulement au nom de ce principe là, il n’en demeure pas moins qu’elle aura été, et demeure, porteuse de nombreuses leçons pour les satrapes qui dirigent l’Afrique, Idriss Deby du Tchad et ses homologues d’Afrique centrale en particulier.

La première des leçons de la mort du désormais feu potentat Gabonais est que les dirigeants des pays africains, même quand ils ont à faire à un peuple benêt, béni oui-oui, indolent, veule, ou tout simplement trop amorphe, doivent apprendre à savoir raison garder à l’épreuve de la tentation de s’éterniser au pouvoir.

Cette tentation qui se transforme généralement en une obstination forcenée, et sans limites, se traduit généralement par le mauvais traitement administré aux malheureuses populations sur lesquelles ils règnent à travers des détournements hallucinants de la fortune publique – avec comme corollaire la misère desdits peuples - ou la répression systématique et brutale de toute velléité de contestation ou de critique – même polie – de leur autocratie.
Tous les observateurs honnêtes savent que ces petites « habitudes » sont, entre autres, les traits de caractère particuliers d’Idriss Deby Itno qui les a d’ailleurs carrément érigés en mode de gouvernement.

Mais au-delà, la mort de Bongo doit absolument constituer une énorme leçon susceptible d’inspirer ses pairs dans la mesure où celui qui a dirigé le Gabon d’une main de fer dans un gant de soie pendant 41 ans, en imposant à son peuple un silence peureux et obséquieux qui a curieusement réussi à faire dire, avec légèreté, à certains observateurs myopes ou imbéciles, qu’il a su « préserver la paix dans son pays », la belle excuse !


LA TENTATION DE S’ETERNISER AU POUVOIR.




Le problème est donc de savoir de quelle paix l’on parle, alors qu’il ne s’agit en fait que d’une paix de cimetière. Le cimetière où Omar Bongo a fini par aller rejoindre, les Gabonais qu’il y avait expédiés – directement ou indirectement – au seul motif que ces derniers avaient voulu l’empêcher de faire du Gabon sa propriété personnelle qu’il a géré comme une épicerie familiale. Une épicerie qui lui a permis, d’un autre côté d’acheter, au propre comme au figuré, la conscience ou l’irréductibilité de tous ceux qui s’étaient opposé à sa dictature paternaliste. Où est-il donc aujourd’hui ?
C’est dire combien, plus que tout au monde, le pouvoir d’État, nonobstant la notoriété et les avantages qu’il confère n’est, après tout, que vanité et poursuite du vent.

La sortie de la scène du deuxième président de l’Histoire du Gabon est aussi une leçon grandeur nature pour tous les dictateurs Africains - surtout ceux d’Afrique Centrale - venue démontrer à tous les « guides » et autres « pères de la nation » qui foisonnent sous nos cieux, en réalité de fieffés psychopathes et mégalomanes qui croient justifier leur longévité au pouvoir, en y croyant dur comme fer, par le prétexte absolument spécieux de « continuer » ou « consolider » "l’œuvre commencée".

Comme si personne d’autre ne pouvait avoir la capacité d’achever une œuvre commencée par eux. Oubliant trop facilement que les cimetières sont pleins de gens qui, jusqu’à leur mort, s’étaient crus indispensables.
Ainsi voilà une tombe de plus qui vient d’être occupée par quelqu’un qui se croyait indispensable pour la vie ou les citoyens de son pays. Pourtant depuis que Bongo est mort et enterré, le Gabon ne s’est pas arrêté de vivre, ou n’a pas explosé.

Mais combien de « guides éclairés » Africains présents à Libreville ont-ils pris conscience de cette réalité ? Eux qui causent plus de problèmes à leurs peuples qu’ils n’en résolvent ; eux qui, usés par le pouvoir, finissent par passer à côté des préoccupations même les plus élémentaires de leurs peuples et les laissent entières à l’heure de leur mort.

Le grand drame est que, plus ces faux « demi-dieux » « indispensables » ont mis du temps au pouvoir et tyrannisé leurs peuples, plus leur succession après leur mort au pouvoir est difficile.

On l’a vu avec Houphouet Boigny en Côte d’Ivoire, ou encore avec Eyadema au Togo, dont les héritiers plongent en permanence le pays tout entier dans une série de feuilletons palpitants d’intrigues de palais.


APRES LES REGNES INTERMINABLES…




Et le Gabon semble ne pas être en train de vouloir échapper à la règle des successions difficiles, dans la mesure où le noyau dur du clan Bongo, composé de ses fils et collatéraux s’est déjà inscrit dans une logique d’affrontement interne, à fleurets mouchetés, pour sa succession, et va s’affronter dans les moments à venir contre une autre partie du même clan constitué de fidèles larbins et autres mandarins qui auront servi le vieil émir durant son règne. Sans oublier le peuple gabonais qui pourrait être tenté de se réveiller pour dire définitivement halte à la confiscation du pouvoir par le clan Bongo.
Inévitablement c’est au devant d’une situation identique que se dirige le Tchad, un pays aujourd’hui confisqué et tenu en joue par le clan Deby. Un pays dont le chef Idriss, a installé et verrouillé un système népotiste ayant pour noyau dur, outre les frères, cousins et neveux de son ethnie, mais aussi de tout un bataillon de courtisans et de cireurs de pompes originaires de tribus diverses qui transformeront le pays en une arène géante, dès la mort – qui surviendra bien un jour - de Deby. Quoi qu’il existe parmi ceux-là, des patriotes et des nationalistes pétris d’esprit démocratique et porteurs d’un projet de société valable pour le Tchad, à l’instar des frères en arme qui ont refusé de manger de ce pain là.

La deuxième leçon que les obsèques du vieux moustachu devrait inculquer à nos potentats est bien celle de ces images fortes qui ont indubitablement constitué, pour ces derniers et pour de nombreux observateurs, un donner à voir et à penser. On a vu, en effet le Président Malien en fonction, se lever pour aller signer le livre des condoléances en tenant par la main son prédécesseur, et non moins successeur, Alpha Oumar Konaré ; ou encore le Béninois Yayi Boni faire la même chose en compagnie de ses prédécesseurs Kerekou Mathieu et Nicéphore Soglo ; et même le Ghanéen Atta Mills flanqué de ses devanciers à la tête de l’Etat, parmi lesquels le légendaire John Jerry Rawlings.
Cette démarche, dont on peut aujourd’hui se féliciter de la paternité africaine, a même été copiée séance tenante par le Français Nicolas Paul Sarkozy qui, en excellent récupérateur, a procédé par mimétisme en se faisant accompagner par Jacques René Chirac. Car il est certain que, avant le grand geste du numéro un Malien, Nicolas Sarkozy n’aurait jamais envisagé de s’incliner au dessus du cercueil de Bongo en même temps que son prédécesseur à l’Élysée.

Mais, avec son irréductible refus de concession, Idriss Deby Itno n’a pas vu bon de se faire accompagner devant le cercueil de feu Bongo par deux de ses prédécesseurs à la présidence du Tchad, Mahamat Lol Choa et Goukouni Weddeye, pourtant présents sur les lieux, mais qui ont tout de même quelque peu rafistolé les choses par la suite en allant, ensemble, s’incliner devant la dépouille de Bongo.

Combien d’anciens chefs d’États Africains peuvent – ils se vanter de pouvoir ainsi se promener côte à côte avec leurs successeurs ? Ils sont, en fait, bien peu en somme. Tout simplement parce que ceux qui sont en place ne veulent pas quitter le pouvoir avant que des insurrections populaires ou militaires les y aient contraints, ou avant que la mort ne vienne leur rappeler leur misérable condition d’humains pareils à tous les humains, c’est-à-dire condamnés inéluctablement à mourir, et à laisser – par la force des choses – le pouvoir qui est, et a toujours été temporaire.


…LES DYNASTYES PRESIDENTIELLES !




En effet, au moment où, partout à travers le monde l’alternance au sommet de l’État est soumise à des règles de plus en plus universelles, en Afrique les chefs d’États, en plus de s’enraciner au pouvoir le plus longtemps possible, s’activent, à la limite du mépris à l’égard du peuple, à programmer leurs propres enfants pour les y succéder. Et les dynasties ont de plus en plus tendance à se multiplier : Un Kabila qui a remplacé un Joseph Désiré, un Faure après un Gnassimbé, bientôt peut-être un Karim à la suite d’un Wade. Au Tchad, beaucoup subodorent un Itno – cousin ou neveu - après Idriss.

UN, en tout cas qui n’a pas osé aller à Libreville, parce que trop occupé à se consacrer un viol à ciel ouvert de la Constitution de son pays, c’est bien Mamadou Tanja qui, malgré la belle image qu’il avait réussi à se forger dans son pays, et même en Afrique, s’escrime à l’heure qu’il est à visser sa petite personne au pouvoir. Et sous le même prétexte que les Biya, Sassou, Obiang et autres : « Laissez-moi terminer la grandiose œuvre que j’ai commencée, et que personne, en dehors de moi ne peut achever ! »

En voilà un qui, à l’instar de tous les potentats nègres, aurait bien gagné à se trouver à Libreville pour réaliser que, quoi qu’on fasse, on part toujours du pouvoir. Et plus tard on en part, moins on laisse un souvenir impérissable.
Ainsi donc, à la lumière des multiples leçons que devrait laisser la mort au pouvoir de Bongo, leçons qui devraient naturellement interpeller tout gouvernant de notre continent, on peut se demander ce que le président Tchadien pourrait bien avoir retenu lors des obsèques de son homologue gabonais.
Autrement dit, a-t-il perçu la nécessité – à la lumière de la mort au pouvoir de Bongo - qui s’offre à sa conscience de reconsidérer son système de gouvernement, et de se réformer en se pliant aux exigences de la démocratie dont le Tchad est actuellement très éloigné, s’il a une noble ambition pour sa propre personne, sa famille ou son pays, le Tchad ?

Car si le chef de la junte tchadienne s’obstinait à confisquer le pouvoir en faisant tout pour que ce qui est arrivé aux autres chefs d’Etat Africains déchus dans des circonstances malheureuses, ne lui arrive jamais, mais que son sort soit plutôt pareil à celui de Bongo, dont la dépouille a été couverte d’honneurs et de larmes de crocodile déversés par des hypocrites et des Français dont il aura été pendant 42 ans le fidèle laquais en Afrique Equatoriale française, il est bien évident que le Néron Tchadien se trompe. Et bien lourdement, car le peuple Tchadien n’est pas du type à supporter longtemps un dictateur sans se donner les moyens de lui résister. Idriss Deby ne le sait que trop.


La Rédaction de Tchadvision



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