07/02/09

Pourquoi la France s’obstine-t-elle à soutenir Idriss Deby contre le peuple Tchadien ?


L’histoire l’a retenu : entre le 28 janvier et le 03 février 2008 – cela fait déjà un an – une fulgurante offensive des forces politico-militaires était parvenue jusqu’au cœur de N’Djamena, faisant vaciller – et même trembler – le régime dictatorial de Idriss Deby.

Mais – et tout le continent s’en souvient aussi – l’armée française, sur ordre de Nicolas Sarkozy, avait mis son grain de sel dans la bataille. C’est ainsi – et essentiellement à cause de cela – que le fantastique équipé de l’opposition armée se sera achevée en un sombre trafalgar.
Conséquence : l’opinion internationale se retrouvait servie par une ironique illustration du pseudo "changement" de la politique française en Afrique si pompeusement claironné par le nouveau président de la République française au lendemain de sa prise de fonction.
Et forcément, la même lancinante question n’en finit pas de tarauder les observateurs avisés : que gagne la France à soutenir un régime dictatorial, sanguinaire et autiste ?

L’implication affirmée de la France dans les différentes confrontations de l’actuel « président tchadien » face aux multiples oppositions de son pays n’en finit pas de susciter moult spéculations tant en France qu’en Afrique.
Officiellement, la France clame et proclame qu’elle n’intervient jamais militairement dans les affrontements entre les formations politico-militaires et ce qui tient lieu d’armée nationale tchadienne.
Dans les faits, si la France donne l’impression d’être un arbitre, elle est en réalité un drôle d’arbitre qui, comme dans les combats de catch, se permet de donner des coups à l’un des adversaires afin que ce dernier perde.

ILLUSTRATIONS



Le 13 avril 2006, les combattants du FUC de Mahamat NOUR fondent sur N’djamena à 05h 30 du matin, après une étourdissante cavalcade de deux jours commencée à la frontière Est du Tchad avec le Soudan. Une bataille âpre et sans merci s’engage à l’entrée Est de la ville entre les rebelles d’une part et les milices de Deby d’autre part.
Bien regroupés à l’aéroport de N’djamena, un peu comme des arbitres, les militaires français de "l’opération Epervier" comptent les coups. Ou du moins, donnent l’impression de le faire.
A 11 h 30, le staccato des mitrailleuses et les détonations des canons cessent. Les forces rebelles sont en déroute. Il y aurait eu – selon les chiffres officiels – environ 350 morts et près de 500 prisonniers.
Idriss Deby exulte et pavoise : il sait qu’il revient de loin, et que sa victoire n’a été obtenue que grâce à l’intervention musclée et malicieuse des militaires français qui, depuis le 11 avril, soit deux jours plus tôt, s’étaient invités dans le conflit.
En effet, le 11 avril 2008, alors que les colonnes des forces de la résistance étaient encore à 800 Km de la capitale tchadienne, une escouade de militaires français, spécialistes des communications et liaisons satellite, avaient décollé de Libreville par avion spécial pour débarquer à N’djamena aux fins de mettre son expertise au service de Deby contre les rebelles.
Le 12 avril, les colonnes rebelles sont à moins de 300 Km de N’djamena. Mais elles sont en permanence survolées par des avions de chasse français qui communiquent en temps réel les mouvements, positions et effectifs des assaillants.
Les Français, voyant que les rebelles ne sont en rien dissuadés par les mouvements de leurs avions, basculent carrément dans le parti pris en ouvrant carrément le feu sur les rebelles.
« C’était un tir de semonce » se contentera de marmonner, toute honte bue, le ministre des Affaires Etrangères français de l’époque.
« Coup de semonce » ou tirs d’intimidation, la polémique fera longtemps rage dans toutes les couches de la classe politique française. Polémique au cours de laquelle un certain Nicolas Sarkozy - qui n’était pas encore président de la République – se fendra en propos sarcastiques à propos de … la "Françafrique" et de ses forfaitures !
Ce qui est sûr et indéniable est que l’appui logistique des militaires français aura lourdement pesé en faveur des troupes de Deby.
Ainsi, le 15 avril 2006, deux jours après la débandade des forces rebelles, Idriss Deby, flanqué de tout son gouvernement, viendra pérorer sur la Place de « l’Indépendance » à N’djamena en exhibant à la presse et aux populations désabusées près de 500 prisonniers de guerre qu’il présentera comme des mercenaires soudanais, alors qu’il s’agissait de Tchadiens.
Des prisonniers de guerre qui étaient parqués, comme des bêtes sauvages, à même le goudron pendant toute une journée, sous un soleil caniculaire et une température de …48°
Vingt et un mois plus tard, dès le 28 janvier 2008, les forces de la resistance repassent à l’attaque. Cette fois ce sont les troupes politico-militaires unifiées (CMU) de l’UFDD du Général Mahamat Nouri, du RFC de Timan Erdimi et de l’UFDD/F d’Abdelwahid Aboud Mackaye qui foncent jusqu’à N’djamena. Et qui y entrent comme un couteau dans du beurre en taillant pratiquement en pièces la soldatesque de Deby.
Et cette fois encore, la marche en avant des forces de la résistance (CMU) sur N’djamena aura été perpétuellement suivie, "minute by minute" par des avions de reconnaissance "Breguet Atlantique" de l’armée française dont les renseignements, complétés par ceux du satellite français "Helios", sont communiqués à l’Etat-major de Deby.

Samedi 02 février, malgré cet appui déjà énorme de la France , les troupes de la CMU ont investi N’Djamena et sont pratiquement maîtres de la ville.
Idriss Deby retranché dans le palais présidentiel est encore protégé par un dernier carré de fidèles et de chars d’assaut T55. La situation est désespérée : son chef d’Etat-major, le Général Daoud Soumaïne a été tué. A Addis-Abeba où se tenait le 10ème sommet de l’Union Africaine, la nouvelle a déjà fusé : « Deby est fini. »
Aux environs de N’Djamena même, la nouvelle de la fuite de Deby en direction du Cameroun ou Libreville (Gabon) s’était déjà répandue comme une traînée de poudre.
Mais Il n’en était rien, l’homme était terré dans son palais, attendant le secours de la France ou la mort.

LE COUP DE TELEPHONE DE LA DERNIERE CHANCE



Ce matin-là, il est 09 h 30. A Paris, Nicolas Sarkozy, tout nouveau président de la République française s’apprête à épouser Carla Bruni à 11 heures au palais de l’Elysée.
En attendant, il s’enferme dans son bureau du premier étage et entame une longue, très longue conversation téléphonique avec un Idriss Deby complètement aux abois. Certaines langues prétendent que le président Sarkozy aurait proposé à son interlocuteur d’abandonner le pouvoir et de s’enfuir. Rien de moins sûr.
Car d’autres sources, moins tirées par les cheveux, essentiellement françaises et plus dignes de foi, révèleront pour leur part que c’est au cours de cette conversation téléphonique qu’un "deal" aura été conclu entre les deux compères. Lequel ? Mystère !
Quoiqu’il en soit, la suite des événements tend à corroborer cette dernière version. Car c’est après ce coup de téléphone que la situation basculera complètement à N’djamena : la flasque résistance de Deby et de ses partisans retranchés au Palais Rose changera du tout au tout, comme si elle avait bénéficié de forces nouvelles.
Des langues - qu’il serait certainement malveillant de qualifier de mauvaises -
Soliloquent encore aujourd’hui que des soldats à la peau noire du dispositif "Epervier" (Antillais, Martiniquais) en poste à N’djamena et un autre dispositif en provenant de certains pays du pré-carré, sans oublier les fameux éléments de MJE ; auraient revêtu des uniformes de l’armée tchadienne pour se jeter au combat, munis d’armes plus sophistiquées. Ces langues se font d’ailleurs plus précises, en alléguant que la résistance de Deby et compagnie avait pour unique rôle de tenir jusqu’à la tombée de la nuit pour donner l’opportunité et toute la latitude aux "snipers" du Commando des Opérations Spéciales (le fameux COS dépendant directement de l’Elysée) de passer à l’offensive.
En fait, les éléments du COS sont ce qu’il y a de plus percutant parmi les unités d’élite en France et en Europe. Ces "cracks" des opérations "noires" opèrent essentiellement la nuit, sont dotés du nec plus ultra en matière de nouveautés technologiques d’armement (pistolets électriques, armes à rayons laser, matériel de vision infrarouge etc.) et sont préparés pour renverser les situations les plus compromises ou les plus désespérées. Une douzaine de commandos du COS est à même de décimer en quelques heures, et sans bruit, plusieurs compagnies de militaires ordinaires.
En tout cas, malgré de furieux combats dans la nuit du 02 au 03 février, les forces de la résistance auront été inexplicablement repliées jusqu’à la périphérie de N’djamena. Alors qu’une importante quantité des forces de Deby avait déserté ou se cachait.

De toute façon, un an après cette mémorable offensive, Idriss Deby vient de passer aux aveux. En effet, il vient d’avouer en direct sur RFI, avoir bénéficié d’un coup de main de ceux qu’il appelle "son allié". Cet aveu a été entendu par toute l’opinion mondiale dans l’émission radiodiffusée « l’Invité Afrique » de Christophe Boisbouvier du jeudi 05 février 2009.
Question du journaliste : M. le président, l’an dernier, pendant la bataille de N’djamena, il y a eu des défections dans votre camp. Quelle leçon en avez-vous tirée ?
Réponse de Deby : « Sans mon camp, je n’aurais pas refoulé les mercenaires (…) lors de la deuxième Guerre Mondiale, il y a eu débâcle de l’armée française. Mais ça n’a pas empêché que De Gaulle s’organise pour reprendre la France avec l’aide des alliés. »

Tout est donc dit : l’exemple de la France, avec dans le scénario tchadien, la France pour alliée. L’addition est simple : un plus un égalent deux... Deux armées dans le camp de Deby !
Il ne fait donc l’ombre d’aucun doute qu’après avril 2006, ce sont, une fois de plus, les militaires de l’armée française qui auront fait pencher la balance en faveur du dictateur Deby en janvier-février 2008. Des militaires qui, pendant leurs diverses missions de reconnaissance auront été jusqu’à se ravitailler en carburant sur l’aéroport de Koufra au Sud de la Libye.
On dira tout ce que l’on voudra de l’obstination française à ne pas rester neutre dans le conflit qui oppose Deby à près d’une dizaine de formations politico-militaires, mais on ne manquera pas d’être surpris par cette boutade éructée en février 2008 par une grande personnalité du Quai d’Orsay : « Deby est-ce qu’il est, mais où est l’alternative ? »
Un véritable non-sens de la France et d’une certaine opinion française, complètement ignorante des réalités du Tchad, qui refusent toute idée d’alternance dans ce pays. Car tous les Tchadiens qui ont fait le choix de combattre Deby n’avaient pas d’autre option que celle-là : la démocratie et toute possibilité d’alternance sont verrouillées de manière systémique.
Depuis le 26 mai 1994, le « Parlement », entièrement dominé par le MPS (le parti d’Idriss Deby) a adopté une modification constitutionnelle supprimant la clause de limitation des mandats.

DROLE D’ELECTION



Tout un peuple se retrouve donc face à un autocrate qui use et abuse des moyens de l’Etat, terrorise la société civile, prend les partis politiques de l’opposition civile en otage, et organise des élections à donner envie de grimper aux murs.
Exemple : en 2006, Idriss Deby organise « une élection présidentielle », la dernière en date. Tous les partis de l’opposition civile boycottent le scrutin. Mais, décidé à réussir son coup, le président sortant – qui n’a jamais eu l’intention de sortir - s’arrange à avoir comme candidats adverses, trois ministres en fonction dans son gouvernement, et présidents de partis politiques membres … de la majorité présidentielle !!!
Ce qui fait que pendant la campagne électorale, chacun de ces étranges candidats quittait son cabinet ministériel … pour aller battre campagne du bout des lèvres. Une vraie tragi-comédie !
Mais l’une des facettes les plus époustouflantes de cette élection aura été la prestation des « électeurs nomades » qui votaient à répétition ce jour-là aux quatre coins du pays – en qualité de "nomades" -, et toujours en faveur du candidat Idriss Deby. Surtout que 90% de ces électeurs d’un genre unique au monde étaient des policiers et des soldats.
Sans oublier cet autre épisode de l’implication de la France dans le quotidien tchadien avec les avions de "l’Opération Epervier" qui avaient été entièrement mis à contribution pour le transport des urnes et des résultats de toutes les localités vers N’djamena.

Voilà donc « un chef d’Etat » qui refuse le dialogue inclusif réclamé par toutes les formations politiques et politico-militaires de son pays ; un chef d’Etat qui maintient ses propres compatriotes au sommet du hit parade des populations les plus pauvres et les plus analphabètes d’Afrique, mais qui brasse avec insouciance l’argent du pétrole qu’il n’utilise que pour s’acheter des armes qui lui permettent de tenir éternellement en joue un peuple qui, depuis 19 ans, aspire à la paix, à la liberté, à la démocratie et au développement.
C’est pour cela, et pour cela uniquement, que les politico-militaires ont été acculés à ne choisir que les armes pour offrir à leur pays autre chose que la dictature, la violence, la misère…

Et la République Française, pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, qui n’ignore rien de la réalité du pouvoir d’Idriss Deby, préfère maintenir au pouvoir le diable qu’elle connaît plutôt que de favoriser le saint inconnu. Résultat : il s’est créé et développé au Tchad un sentiment anti-français dont les conséquences pourraient surprendre le monde entier un de ces jours.

Avec la récente union de toutes les formations politico-militaires, il est évident que ça va de nouveau barder au Tchad dans les mois qui vont suivre. La France et son président ont encore la latitude de réfléchir sur les voies et moyens d’en finir avec le cycle de violence dans ce pays.

Et il semble que faute pour elle de se résoudre à cette nouvelle donne, l’Histoire ne lui pardonnera pas une vilénie de plus au Tchad


La Rédaction de Tchadvision



 Entrez votre commentaire


Commentaire

France encourage l'analphabetisme en Afrique, ...
Marius
manixmekila@yahoo.fr
Elle n'a jamais aime et aimerait plus, que l'Afrique se developpe c'est pourquoi, souvent la France sous le role de BOUC EMISSAIRE dans des differents conflits politique au sein de ce continent maudit soit disant.
France laisse le peuple africain choisir son president librement,...et non de te laisser choisir.
marre des francais et de leur poilitque à la con.
ki-ti-boy
kayzer1988@live.com
Fini l’époque où les ouvrages coloniaux, où les médias de la bourgeoisie dirigeante française étaient détenteurs du monopole de la parole.on veut notre liberté.la patrie ou la mort compatriote.relevons la tete et defendons nous fierement.vive le tchad.
Etudiant
ibrahim oumar
ibrahimouymar95@yahoo.fr
Mahamat, je suis très content de ce que vous avez dit mais, je sais que tu aimes ton pays. Merci à toute et à tous...
Reclamons notre liberté de la France
souleyman ibrahim
mediateur08@yahoo.fr
Bonjour,
Chers frères et sœurs,
la France nous a trompé pour piller nos richesse, disons tous ensemble non à la FRANCE, évacuons tous les français du Tchad pour préserver nos richesses.
Etudiant
Mahamat
MOHAMEDLAMINE.YOULA@YAHOO.FR
Je suis très content de ce que la rédaction vient de faire. La France a été mise devant sa responsabilité. Merci


design & technology by fadinet.com